La fouille

La fouille est une destruction contrôlée d’un site archéologique. On ne peut pas toujours revenir en arrière pour refaire le travail qui a déjà été fait ou revoir un détail, c’est pourquoi les vestiges mis au jour durant la fouille sont enregistrés avec la plus grande minutie afin de documenter avec exactitude le contexte de formation et de transformation d’un site archéologique.

En constituant notre documentation d’un site, on doit travailler en pensant aux collègues qui nous suivront. En effet, il se peut qu’ils reviennent sur place avec de nouvelles questions de recherche, à la suite hypothèses, de nouvelles méthodes d’analyses ou de nouvelles découvertes ailleurs par exemple. C’est pourquoi la fouille n’est pas que la récolte des beaux objets. On doit tout prélever ce qui a survécu au temps, même les artefacts fractionnés ou minuscules.

Qui peut faire des fouilles et qui peut être fouilleur au Québec ?

Tout d’abord, pour faire des fouilles, peu importe qu’elles soient prévues sur votre propriété ou celle d’un autre, peu importe le type de fouille et l’ampleur de celle-ci, vous devez détenir un permis du ministère de la Culture et des Communications du Québec, sauf si vous êtes sur une propriété du gouvernement fédéral. Pour obtenir ce permis, un dossier complet doit être déposé (formation en archéologie, qualification pertinente etc.)

Pour être technicien de fouille, avec un salaire, un diplôme de 1er cycle universitaire (baccalauréat ou certificat) en archéologie ou une autre discipline connexe est requise, ainsi qu’une expérience pertinente de chantier de fouilles.

Pour l’archéologue ou le directeur de chantier de fouilles, un diplôme de 2e cycle universitaire est nécessaire, ainsi que plusieurs saisons d’expérience sur un chantier de fouilles.

Tout le monde, peu importe son niveau de formation, peut faire l’expérience d’être technicien de fouille au Québec, bénévolement, une ou plusieurs fois, lors du mois de l’archéologie. Pour ce faire, vous devez être membre du Réseau Archéo-Québec et cette activité n’est admissible que sur certains sites archéologiques et sous la supervision de professionnels. Ce mois a lieu tous les ans en août.

Fouilleurs

Fouilleurs des chantiers-écoles de l'Université Laval


Les outils de l’archéologue

L’archéologue ne travaille pas qu’avec la truelle ou, quelques fois, la pelle. Il utilise également le treuil, l’échafaudage, le fil à plomb, la boussole, le ruban à mesurer, le niveau à bulle, l’appareil photo, le microscope, la scie, la perceuse, le tamis, entre autres outils nécessaires (très similaires à ceux d’un chantier de construction standard) pour atteindre ses objectifs scientifiques. L’ordinateur est évidemment l’outil de départ et de fin de son travail.

Outils de l'archéologue

Certains des outils de l'archéologue


Importance du contexte

Environnement de découverte

L’environnement (ou le contexte), c’est la partie du site où se trouve l’artefact, l’écofact ou le vestige. Est-il à l’intérieur ou à l’extérieur d’un bâtiment ou d’un rempart? Quels sont les éléments qui l’entourent (naturels ou non) ? Il se trouve dans quelle couche de sol? Il y a plusieurs calculs et prises de mesures faits sur le terrain. Ces informations permettent de savoir la fonction de l’artefact ou du vestige, d’établir une datation relative, ou encore de comprendre les modes de vie. Lorsque l’on travaille sur la période historique, l’archéologue peut également s’investir dans les recherches en archives pour mieux comprendre le contexte historique des restes qu’il trouve dans le sol.

Par exemple, un cahier de notes aujourd’hui, n’aura pas la même fonction s’il se trouve dans un bureau, dans un sac d’école, ou près du téléphone du salon, c’est ce que l’on appelle le contexte d’une découverte. Le contexte de déposition d’un objet donne toute la valeur à cet objet, c’est pourquoi nous insistons tant sur la documentation précise d’un objet. C’est dans le contexte que réside toue la valeur, la signification.

Bois retrouvé dans l'opération 63

Toutes les découvertes sont étudiées en fonction de leur relation avec le reste du site


Chronologie stratigraphique

La stratigraphie

La stratigraphie est une méthode empruntée à la géologie. Les strates sont des couches superposées de différents sédiments archéologiques. Ils se distinguent par leurs inclusions, leur couleur ou par leur matière (par exemple le type de sédiments, couleur, compact ou non ). La fouille archéologique se fait une strate à la fois, dans l’ordre inverse de son dépôt (qu’elles soient naturelles ou anthropique). Une couche peut être d’épaisseur variable, puisqu’elle résulte d’une action naturelle ou culturelle.

Loi de la superposition

En principe, mais pas toujours, toute couche de sol qui est plus haute qu’une autre dans la coupe stratigraphique sera nécessairement plus jeune, et inversement. Imaginez un cas de figure où cette affirmation serait fausse. Indice : Une canalisation pourrait se retrouver à deux mètres sous terre et dater d’il y a dix ans !

Exemple de couches stratigraphiques

Exemple de couches stratigraphiques


Adapter la fouille à ce que l’on trouve

La fouille doit s’adapter à ce que l’on trouve, mais pas seulement les vestiges ou les artefacts. Elle s’adapte aussi selon le type de sédiment, le type de site (perturbé par d’anciennes fouilles ou des animaux fouisseurs par exemple), et même aux conditions climatiques pendant les fouilles. Ces facteurs déterminent l’emplacement du prochain puits de fouilles creusé, mais aussi les outils utilisés.

Par exemple, en découvrant le départ d’un mur, on établira le prochain puits de fouilles dans l’axe de ce vestige pour tenter de déterminer la longueur et l’orientation de celui-ci.

Zone de fouille adaptée à la découverte d'un vestige


Carroyage du site

C’est un quadrillage fait de ficelles implanté à la surface du sol et qui reste en place tout au long de la fouille. Le carroyage a plusieurs fonctions, selon que l’on opère par fouille en damier ou en aires ouvertes. Dans les deux cas, le carroyage sert principalement de coordonnées de références pour les découvertes, selon les lignes ainsi formées (appelées X et Y), un peu comme dans le logiciel Excel. L’altitude est parfois aussi indiquée.

Ces coordonnées peuvent ensuite être intégrées dans un logiciel informatique pour créer une image 3D du site, qui permet une vision d’ensemble des découvertes et de leur contexte. Elles peuvent aussi être simplement reportées sur le dessin du plan au sol de la fouille. Cette méthode permet une grande précision dans la provenance des données et aide au dessin des différentes strates en plan.

Les fouilles en damier

Ce type d’opération de fouilles se fait par des puits de fouilles en forme de carrés alternés, un peu comme une planche de jeu de dames. Elle est fréquemment utilisée pour les coupes stratigraphiques. Ce n’est pas de la prospection, mais bien une fouille détaillée et par secteurs.

Cette méthode est efficace lorsque le temps est restreint, par exemple en archéologie préventive. Elle permet de mieux archéologie conserver certains vestiges plus fragiles, qui ne seront pas tous exposés aux intempéries. Le sol conserve mieux certains matériaux et il n’est pas toujours nécessaire de fouiller le site au complet pour atteindre l’objectif défini au départ.


Les fouilles à aire ouverte

C’est une fouille complète d’un site, généralement sur une très grande surface. À l’échelle d’une ville romaine ou d’une ancienne cathédrale par exemple. Cette technique demande une très grande quantité de main d’oeuvre, donc un grand financement également. Les fouilleurs sont généralement alignés un à côté des autres et reculent tous en même temps pendant leur fouille.

Fouilles à aire ouverte

Exemple de fouilles à aire ouverte


Identification et enregistrement des découvertes

Tout élément rencontré lors de la fouille doit être prélevé, donc identifié et enregistré. Peu importe l’époque de l’artefact versus celle de notre étude. Les changements dans la nature (topographie par exemple) et même les absences d’éléments (espaces sans artefacts spécifiques normalement trouvés à un endroit précis par exemple) sont notés. Il y a donc beaucoup de notes à prendre, afin de permettre les études futures.

Plusieurs méthodes sont utilisées, selon les besoins et les ressources de chaque chantier de fouilles. Notons seulement l’étiquetage, et les fiches par exemple. Il y a aussi les relevés techniques, soit des dessins des artefacts et des vestiges, faits sur le terrain et selon des méthodes précises empruntées aux architectes. La photographie est évidemment très utilisée dans le contexte, par comparaison avec d’autres objets, ou par éléments individuels. Elle permet de montrer les couleurs, la texture, les reliefs et les dimensions. Bien sûr, les banques de données informatiques sont également de plus en plus utilisées.

Dessin du plan d'un vestige de la brasserie Boswell

Dessin du plan d'un vestige de la brasserie Boswell