Occupation française

Les colonies du roi de France présentent une justice et un système calqué sur celui de la France, à la différence que le roi ne pouvant être sur place, il envoie ses hommes de confiance afin de gérer ses avoirs. De ce fait, le gouverneur et l’intendant sont les deux hommes possédants le plus de pouvoirs dans les colonies françaises.

Leurs fonctions se rejoignant fréquemment, frictions et rivalités entre les deux hommes sont monnaie courante. Le gouverneur représente le roi en Nouvelle-France tout en contrôlant les politiques guerrière et amérindienne. Il jouit des honneurs et d’une grande autorité. L’intendant, pour sa part, contrôle les finances et l’approvisionnement de la colonie tout en voyant au développement et à la bonne marche de l’industrie et du commerce, et ce, à partir de 1663. Il est également responsable de la justice en tant que chef du Conseil souverain. De ce fait, il a une juridiction exclusive en ce qui concerne l’impôt, le prélèvement du cens (redevance dû au roi) et la police. Le premier intendant résident de la colonie est Jean Talon et il sera en poste à deux reprises, soit de 1665 à 1668 et de 1670 à 1672.

La brasserie Jean Talon

Voyant la richesse et le potentiel de développement de la Nouvelle-France, Jean Talon investit et met sur pied différentes entreprises dont le but semble être de rendre la colonie plus autonome face à la France.

Il acquiert un terrain de 2,07 arpents de la veuve de Guillaume Couillard ainsi qu’un terrain de 6,23 arpents et une sapinière de 6,2 arpents situés face au fleuve et à la base d’un cap. En 1668, il utilisera cet espace afin de faire bâtir un bâtiment de plus de 40 mètres de long qu’il utilisera comme brasserie. Il espère ainsi produire une bière locale qui rapportera certains profits à la colonie et évitera les dépenses importantes engendrées par l’importation de liqueur de France.

En 1670, à l’ouest de la brasserie, il fait construire un autre bâtiment qui servira à la production de potasse. La potasse sert à la production d’un savon mou pour le blanchissage des tissus et elle est aussi utilisée pour la production du verre et du mortier. Nicolas Follin est investi par Talon de la charge de produire cette potasse. Malheureusement, ces deux industries ne seront pas aussi fructueuses qu’espérées et elles ne survivront pas au départ de Jean Talon de la colonie en 1672.

Terrain face au fleuve au pied du cap, 1660

Plan de 1660 comprenant l'espace acquis par Jean Talon pour y installer une brasserie


Premier Palais de l’Intendant

En 1683, l’intendant Jacques de Meulles propose au roi de racheter le bâtiment de la brasserie Talon, abandonné depuis quelques années, afin d’en faire sa demeure dans la colonie. Avant même de recevoir l’accord du roi, celui-ci y élit domicile.

En 1686, le roi acquiesce à sa demande et fait entreprendre des rénovations sur le bâtiment afin de pouvoir y héberger un lieu de justice et une prison en plus des appartements de l’intendant. Au terme des restaurations effectuées par l’intendant Jean Bochart de Champigny, en poste de 1686 à 1702, l’ancienne brasserie maintenant transformée en un palais pour l’intendant loge ses appartements, une salle de rassemblement pour le Conseil souverain, les magasins du roi, une prison et des ateliers. Un jardin à la française est également aménagé à l’ouest du palais et une enceinte de pieux est érigée, prolongeant le rempart de la Haute-Ville. Les premières fortifications sont élaborées par Robert de Villeneuve en 1685, mais elles resteront insatisfaisantes pendant plus de trente ans.

Un important incendie se déclare dans la nuit du 5 au 6 janvier 1713, ravageant le palais et forçant son évacuation. L’intendant Bégon et sa femme parviennent à sortir à temps, mais quatre membres du personnel périssent dans le drame. Les magasins du roi et la prison seront reconstruits sur les ruines ainsi qu’une boulangerie, alors qu’un nouveau palais sera érigé légèrement au nord-ouest.

Premier palais de l'intendant, 1685

Plan du premier palais de l'intendant en 1685


Deuxième Palais de l’Intendant

De 1715 à 1719, Jean-Maurice-Josué Boisberthelot de Beaucours entreprend, à la demande de l’intendant Bégon, la construction d’un nouveau palais monumental afin d’accueillir les appartements de l’intendant.

Il sera construit selon les plans de Claude-Dorothée La Guer de Morville. La monumentalité de l’édifice est impérative afin de bien représenter le statut de l’intendant et de ses occupants dans la colonie. Le palais présente donc un sous-sol vouté, deux étages de maçonnerie, un étage mansardé et un toit couvert d’ardoises. L’avant-corps central est entouré de deux pavillons et l’entrée principale se situe sur un perron à double rampe.

En plus de la résidence de l’intendant et sa suite, l’édifice héberge une salle pour le conseil, une salle pour la prévôté (le premier degré de la justice royale), une chapelle, une bibliothèque, les cuisines et une salle commune.

Second Palais de l'Intendant - 1726

Plan et élévation du second Palais de l'Intendant - 1726


Troisième Palais de l’Intendant

Pour la deuxième fois durant son mandant d’intendant, Michel Bégon subit la perte de ses appartements et de ses biens par le feu. En effet, durant la nuit du 28 décembre 1725, un important incendie se déclare au palais.

De celui-ci, il ne restera que les murs, les voûtes et les cheminées au matin suivant. Cette fois-ci, la reconstruction est immédiate et directement sur les ruines. L’ingénieur militaire Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry est responsable de la reconstruction de ce troisième palais et il apporte plusieurs modifications aux premiers plans afin de contrer la menace que représente le feu.

Des murs coupe-feu sont donc érigés dépassant de deux pieds la couverture, l’étage mansardé est en pierre et une couche de tuiles céramique est apposée sur le plancher du dernier étage. On supprime également le toit mansardé, les cloisons de bois et la charpente lourde. Le toit est recouvert de fer blanc. Le palais présente des allures de château avec une architecture monumentale et de grands jardins, important modèle d’expression du pouvoir, sont aménagés.

Le mandat de l’intendant Claude-Thomas Dupuy, de 1726 à 1728, sera marqué par un manque de considération de celui-ci par rapport à tout avis extérieur. Il gouverne comme bon lui semble et apporte certaines modifications architecturales au palais qui seront retirées aussitôt après son départ. L’intendant Gilles Hocquart qui succède à Dupuy contribuera beaucoup au développement de la colonie par l’établissement de différentes entreprises telles les forges, la construction navale et les productions agricole et forestière pour l’exportation.

En 1745, par crainte d’une attaque anglaise, une nouvelle enceinte est élevée selon les plans de Chaussegros de Léry. Finalement, l’intendant François Bigot sera le dernier intendant français à habiter le palais. La Nouvelle-France tombe aux mains des Anglais après la reddition de Québec en 1759. L’intendant Bigot sera rapatrié en France en 1761 alors que le territoire de la Nouvelle-France est officiellement cédé à la Grande-Bretagne en février 1763 avec la signature du traité de Paris, qui met fin à la guerre de Sept Ans. La plupart des administrateurs français retournés dans la métropole seront mis en prison et au terme d’un procès de deux ans, ils seront condamnés à l’amende ou au bannissement puisqu’ils sont tenus responsables de la perte de la Nouvelle-France.

Troisième Palais de l'Intendant - 1739

Plan du troisième Palais de l'Intendant- 1739