Environnemental

Archéoentomologie

Dans quelles conditions sanitaires vivaient les sociétés du passé? Quelles fonctions avaient les espaces occupés? L’archéoentomologie, l’étude des insectes préservés en contexte archéologique, permet de répondre à de telles questions.

Préparation des échantillons

Les échantillons sont récoltés sur le terrain selon un processus établi par le spécialiste en archéoentomologie. La quantité de sédiments à prélever, ainsi que son mode de transport et d’entreposage, dépendent de l’état de conservation de la matière organique sur le site, du climat ambiant et des besoins de la recherche, entre autres critères.

Au Québec, on retrouve généralement des traces entomologiques dans les milieux anaérobiques ou avec un haut taux d’humidité, comme c’est souvent le cas dans la nappe phréatique ou dans des latrines.

Le nettoyage des sédiments consiste à séparer la matière organique de la matière minérale. Pour cette étape, nous utilisons la flottation au kérosène. Les sédiments sont d’abord déposés dans une bassine avec de l’eau pour être remués manuellement, puis la bassine est vidée sur une colonne de tamis de différentes grosseurs. On remet ensuite de l’eau dans la bassine et les étapes sont recommencées jusqu’à la récupération complète de la matière organique. Pour les échantillons qui ont de gros volumes à traiter, il est possible d’utiliser une machine à élutriation pour une flottation mécanique. Il s’agit d’une grosse cuve recouverte par un filet de mailles, avec un bec verseur dans sa partie supérieure, d’où sort la matière organique lessivée par l’eau, qui passe ensuite dans une colonne de tamis. La matière minérale demeure sur le filet. Le brassage se fait par le courant d’eau continu, alimenté dans le bas ou encore manuellement. Les restes d’insectes et autres matières organiques étant plus légers que la matière minérale, ils flottent et se retrouvent sur la colonne de tamis.

La flottation au kérosène est généralement utilisée après le lavage à la main. En un premier temps, la matière organique est drainée dans un tamis. Elle est ensuite placée dans une bassine remplie de kérosène. Une fois que les deux sont mélangés, de l’eau froide est ajoutée, puis le tout est mis en repos. Le film huileux à la surface est versé sur un tamis. C’est dans cette fraction légère que les restes d’insectes sont concentrés. Le procédé est répété plusieurs fois si nécessaire. Un tri de la fraction légère, à l’aide d’un microscope binoculaire à faible grossissement, est parfois nécessaire pour en extraire les fragments d’insectes restants.

Après une période de séchage, un tri de la fraction minérale et de la fraction organique lourde doit être fait à l’aide d’une loupe. Cela permet de récupérer les fragments d’insectes qui pourraient être logés entre les matières, collés sur les minéraux ou être trop lourds pour flotter avec le kérosène.

Avant l’analyse et pendant le transport, ces insectes sont conservés dans de l’éthanol  à forte concentration. Les fragments d’insectes sont ensuite collés sur des plaquettes et observés au microscope binoculaire.

Insecte et éthanol

Insecte conservé dans de l’éthanol.
Photo : Caroline Brosseau.

Une collection de référence est nécessaire pour l’identification des restes d’insectes. Pour constituer cette collection, la collecte des spécimens se fait sur le terrain par des pièges particuliers adaptés à la tâche. Les spécimens sont ensuite séchés à l’air et maintenus dans la position voulue par plusieurs épingles. Le montage se fait à l’aide d’une épingle à un endroit spécifique dans le corps de l’insecte ou par de la gomme de sapin pour les plus petites espèces. D’excellentes connaissances en entomologie sont requises pour constituer une collection de référence.

Aperçu de la collection de référence entomologique

Partie de la collection de référence entomologique des Laboratoires d’archéologie de l’Université Laval et montage des spécimens. Photo : Caroline Brosseau. Montage fait par Olivier Lalonde.


Archéobotanique

Comment s’est développée la relation entre les humains et la flore au fil du temps? Quelle était l’alimentation végétale des populations passées et comment ces populations se procuraient les ressources (agriculture, cueillette, etc.)? Comment a évolué l’environnement et quelles ont été les conséquences de cette évolution sur le mode de vie des populations passées? Ce sont là quelques exemples de questions auxquelles peut répondre l’archéobotanique, l’étude des restes végétaux préservés en milieu archéologique, soit les graines et le charbon de bois.

Le traitement des échantillons

Les sédiments nécessaires à l’étude des graines et du charbon de bois sont prélevés sur les sites archéologiques selon une stratégie d’échantillonnage systématique développée par l’archéobotaniste. Les contextes archéologiques les plus propices à la bonne préservation des macrorestes végétaux sont les couches incendiées, les foyers et les milieux anaérobiques ou scellés, tels que les latrines.

Photo : Anne-Marie Faucher.

Graines d’orge carbonisées.

Le traitement des graines et du charbon de bois commence par le lavage des échantillons permettant de séparer ces derniers des sédiments en prenant soin de ne pas les abîmer. Plusieurs techniques peuvent être employées, mais au Québec les flottations manuelle et mécanique sont souvent utilisées.

La flottation manuelle requiert de brasser les sédiments délicatement avec la main dans un récipient rempli d’eau chaude, puis de faire décanter l’eau dans une colonne de tamis de différentes grosseurs. Cette étape se répète jusqu’à ce que tous les résidus qui flottent (dont les graines et le charbon de bois) soient dans les tamis. La flottation mécanique est utile dans les cas où de gros volumes de sédiments par échantillon doivent être traités.

La fraction lourde est séchée à l’air libre, puis observée à l’aide d’une loupe binoculaire pour y recueillir des informations supplémentaires sur les types d’inclusions et leur proportion dans les sédiments. Cette dernière tâche est essentielle pour une bonne interprétation des contextes étudiés. La fraction légère comprend les macrorestes végétaux qui doivent être triés. Le tri et l’identification des graines se font à l’aide d’un microscope binoculaire à faible grossissement, tandis qu’un microscope à fort grossissement est souvent utilisé pour l’identification du charbon de bois.

Tout comme pour les ossements et les insectes, les restes botaniques doivent être comparés avec des spécimens modernes pour permettre leur identification. Les Laboratoires de l’Université Laval sont dotés d’une collection de référence de graines provenant d’Agriculture Canada qui comprend plusieurs espèces trouvées au Québec et possèdent également une collection de charbons de bois comprenant des espèces provenant du Québec, des Maritimes, du Royaume-Uni et des Caraïbes. Les ouvrages spécialisés et les bases de données sont des outils essentiels à l’archéobotaniste, car ils sont souvent le seul moyen d’identifier les spécimens archéologiques.

Fragment de charbon de bois de chêne

Fragment de charbon de bois de chêne, grossissement 50X. Photo : Anne-Marie Faucher.