Historique

Qu’est-ce que l’archéologie historique? À quoi sert-elle? Il s’agit de l’étude de l’époque moderne à l’aide des artéfacts et des vestiges, en complément aux sources écrites et à la tradition orale. Ce champ de l’archéologie inclut des sujets ou des évènements peu documentés qui ont laissé des traces matérielles postérieures à l’arrivée des Européens au Nouveau Monde. Pour certains chercheurs, l’archéologie historique est l’archéologie de l’avènement du capitalisme et de la mondialisation.

Préparation des artéfacts

Le travail des archéologues sur les artéfacts et les vestiges ne se limite pas à la fouille. Afin de faire une analyse fiable et complète, les recherches en laboratoire sont essentielles. Chaque type d’artéfacts nécessite des méthodes d’analyse et de traitement qui doivent être adaptées aux besoins de l’étude ou à l’état de conservation de l’objet.

Les artéfacts étudiés en laboratoire proviennent des sites archéologiques où nous effectuons nos recherches, d’un musée ou d’une réserve où ils sont conservés. Avant leur analyse, les artéfacts sont nettoyés et marqués, afin de consigner l’information de leur provenance archéologique; c’est la carte d’identité de l’objet. L’identification des objets se fait principalement à l’aide des publications archéologiques, des collections de référence, des recherches dans les sources primaires et de son contexte de découverte.

Les artéfacts sont listés et enregistrés pour un inventaire complet de la collection du site archéologique étudié. Cette étape est importante pour quantifier, répertorier et localiser les objets, mais aussi pour avoir une vue d’ensemble de la collection. Par exemple, il est possible de déterminer le mode de fabrication des charpentes et revêtements du toit selon la quantité de clous présents. Il y a davantage de clous pour un revêtement en bardeaux de bois ou d’ardoise que pour un toit en chaume. Les clous utilisés seront aussi variables en matériaux.

Certains artéfacts sont ensuite catalogués, c’est-à-dire qu’une sélection est faite à partir de l’inventaire des artéfacts reliés au site étudié, afin d’identifier ceux qui sont diagnostiques . Ces objets sont donc documentés spécifiquement avec des renseignements descriptifs et historiques plus approfondis. Les artéfacts sont aussi photographiés, afin de conserver les données fragiles, tel un verre très fin et friable, mais aussi pour la publication et la diffusion des résultats, telle une céramique italienne importée qui comporte un motif spécifique à une époque précise.


Céramologie

Comment est fabriquée la céramique? Quelle distribution spatiale est associée à tel artéfact? Y avait-il un réseau d’échanges? Comment a été utilisée et à quoi a servi cette céramique? D’où provient-elle? Ces questions interagissent les unes avec les autres et peuvent être explorées grâce à la céramologie.

Les céramiques servent pour la datation relative, par le biais de typologies existantes et à l’aide de la stratigraphie. Ces analyses peuvent également nous renseigner sur les relations commerciales entre les pays et les régions ou sur le statut social des différents individus.

Les objets en céramique sont nettoyés en évitant d’exercer une pression trop forte sur les tranches des tessons, plus friables. Il faut aussi éviter de nettoyer les surfaces qui comportent des croûtes d’aliments carbonisés. Ces dernières contiennent des éléments pouvant livrer de l’information sur l’alimentation des populations étudiées.

Assiette du site de l’îlot Hunt.

Assiette du site de l’îlot Hunt. CeEt-110-11B57-4 Photo : Caroline Brosseau.


Pétrographie

L’argile utilisée pour fabriquer cette poterie est-elle de bonne qualité? Comment le potier travaillait-il? Quelle était la fonction de cette céramique? D’où provient-elle?

La pétrographie peut aider à répondre à ces interrogations par l’étude de la composition des pâtes. Cette analyse fonctionne par l’examen de lames minces, en lumière naturelle et en lumière polarisée, selon différents grossissements.

L’analyse par lame mince est une méthode destructrice puisqu’elle nécessite de faire une tranche du tesson de céramique. Il y a donc une prise de photos et de mesures des pièces archéologiques avant de commencer l’étude pétrographique, puisque les tessons n’existent plus dans leur état originel après la fabrication d’une lame mince.

Une identification des minéraux présents est faite à partir de leurs caractéristiques, par exemple les changements de couleur sous un microscope à lumière polarisante . L’appareil est relié à un appareil photo et à un ordinateur pour les captures d’images. Les lamelles en elles-mêmes sont conservées et peuvent être réétudiées dans le cadre de nouvelles recherches ou par d’autres chercheurs.

Pétrographie

Lame mince d’une section d’une céramique archéologique commune. Tesson 1 A, site de la maison des Jésuites, lot 20B9, objet 103-1 et vue avec un grossissement de 20X. Les traces blanches, jaunes, orangées ou grises sont des inclusions de minéraux dans la pâte. Photo : Caroline Brosseau.


Le métal

Le fouilleur n’est pas toujours en mesure d’identifier les objets en métal qu’il récupère lors de la fouille. Un objet en métal, par son passage dans le sol pendant plusieurs années, est souvent recouvert de corrosion ou de concrétion, le rendant méconnaissable. Un nettoyage de la pièce ou une radiographie sont généralement nécessaires pour pouvoir l’identifier et l’étudier. L’archéométallurgie porte sur les modes de fabrication des objets en métal et leur fonction.

Le nettoyage de la concrétion se fait à l’aide de l’électrolyse, qui consiste à faire passer un courant électrique pour libérer un objet en métal de sa corrosion. Parfois, le jet d’air est aussi nécessaire pour le dégrossissage initial. On utilise aussi des burins et petits marteaux pour un traitement mécanique. Il s’agit d’un travail très minutieux. En effet, il est primordial de conserver les traces présentes sur l’objet, par exemple les stigmates  de martelage lors de la fabrication de l’outil. L’analyse se fait ensuite à l’aide d’un microscope métallographique.

Radiographie d'une clé

Radiographie d'une clé


Le verre

Quel statut social les objets en verre démontrent-ils? À quoi servaient ces objets? Comment étaient-ils fabriqués et quelle en est la qualité? Voilà des questions auxquelles il est possible de répondre grâce à l’analyse d’objets en verre.

Le verre est généralement trouvé en fragments lors des fouilles archéologiques. Puis, comme c’est le cas pour plusieurs types d’artéfacts, un remontage temporaire est souvent nécessaire, afin de photographier la pièce et d’avoir une vue d’ensemble de l’objet étudié. Ces derniers peuvent avoir une variété de formes et de fonctions : bouteilles de vin, bouteilles de parfum, billes de jeux, bijoux, de la vaisselle de table, etc.

Tessons de verre

Tessons de verre. CeEt30-74B11. Photo : Roxane Lévesque.


Dessins techniques d’artéfacts

Bien qu’il soit possible de photographier des pièces en verre, le dessin technique permet d’observer les détails de fabrication de l’objet, qui peuvent témoigner de la qualité du travail de l’artisan. Le dessin technique permet souvent de relever plus de détails que la photographie. C’est donc une méthode essentielle pour enregistrer les différents éléments du décor et les traces de fabrication présents sur les artéfacts et les vestiges de tout type et de toute composition.

Ces dessins sont d’abord faits à la main puis numérisés, avant d’être améliorés avec l’aide de logiciels spécialisés. Pour faire ces dessins, plusieurs mesures sont prises et reportées sur un papier millimétrique. L’échelle   doit être scrupuleusement respectée et une légende de trames précise (hachures, couleurs, pointillés, etc.) est utilisée pour différencier les types de surface ou de matériaux présents, ainsi que les sections manquantes et projetées.

Dessins techniques du verre

Dessins techniques du verre. Source : DELMAS, Vincent et GELE, Agrès. 2012. La gobeleterie des sites basques du Labrador… p.54.


Les structures bâties

À quoi servait l’espace occupé par ces structures? Comment ces structures bâties ont-elles évolué? Pourquoi? Si ces espaces ont évolué en fonction des besoins, quels étaient-ils? Quels éléments de conforts (foyers, eau courante, rangement, etc.) étaient présents d’une époque à une autre de la vie de ce bâtiment? Voilà quelques questions auxquelles il est possible de répondre à travers l’étude des vestiges bâtis, qui comporte plusieurs méthodes d’analyses, toutes complémentaires. Tout d’abord, les structures, ainsi que les artéfacts
qui leur sont liés, sont analysés en fonction de leur contexte stratigraphique. Les données sur les bâtiments étudiés sont comparées avec les données d’autres structures bâties venant de villes ou régions comparables.

La toponymieest utilisée et mise en relation avec les éléments du paysage et les connaissances historiques, ce qui permet de localiser ou d’identifier certaines structures. De plus, la comparaison iconographique  est fréquemment utilisée pour croiser les données archéologiques avec les images (plans, dessins, photographies, etc.) de l’époque. Cette méthode permet notamment de reconstituer les sections du bâtiment qui ont aujourd’hui disparu.

Relevé ou dessin pierre à pierre

Relevé ou dessin pierre à pierre de l’élévation d’un vestige.
Source : PELLETIER, Tommy Simon et al. 2008. Rapport de chantier 2008. … P. 82.

Plusieurs indices sur les structures peuvent nous renseigner sur les différents modes de construction, tels des décrochements, des chevauchements de murs ou même l’orientation du bâtiment. Par exemple, la conduite de gaz ou d’eau est-elle ajoutée après la construction d’un mur ou lors de son édification? De plus, des relevés (dessins techniques), en plan ou en élévation, sont faits lors des fouilles archéologiques.

La modélisation 3D des vestiges archéologiques sert à produire une maquette numérique servant à présenter au grand public un visuel dynamique des élévations des structures étudiées.

Modélisation 3D des latrines. Site de l’îlot des Palais.  Image créée par : Catherine Caron.

Modélisation 3D des latrines. Site de l’îlot des Palais.
Image créée par : Catherine Caron.

Gravure de Fonville (1699) présentant le réduit de l’intendance. Source : Détail du cartouche de la carte de Jean-Baptiste-Louis Franquelin attribué à de Fonville et montrant le Palais de l’Intendant en 1699, AN, Paris-Holzapfel, copie ANC, C-46450